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Gestion de la chaîne d'approvisionnement : défis et solutions pour l'entrepreneuriat en Chine

Gestion de la chaîne d'approvisionnement : défis et solutions pour l'entrepreneuriat en Chine

Bonjour à tous, je suis Maître Liu de Jiaxi Fiscal et Comptabilité. Cela fait maintenant plus d'une vingtaine d'années que j'accompagne des entrepreneurs, étrangers comme locaux, dans leur aventure chinoise. Si je devais résumer l'une des préoccupations qui revient le plus souvent autour d'une table de négociation ou lors d'un audit, c'est bien celle de la résilience et de l'efficacité de la chaîne d'approvisionnement. La Chine n'est plus simplement « l'usine du monde » à bas coût ; c'est un écosystème complexe, hyper-connecté et en mutation rapide. Pour un investisseur ou un entrepreneur, maîtriser sa supply chain ici n'est pas une simple fonction logistique, c'est un pilier stratégique de la profitabilité et de la survie même de l'entreprise. Cet article se propose de décortiquer, à travers le prisme de mon expérience de terrain, les défis spécifiques auxquels vous serez confrontés et les solutions pragmatiques pour y faire face. Nous allons dépasser les généralités pour entrer dans le concret des procédures, des relations et des arbitrages quotidiens qui font la différence entre un projet qui décolle et un autre qui s'enlise.

La complexité réglementaire et douanière

Le premier mur que l'on rencontre, et il est de taille, est celui du cadre réglementaire. La Chine possède un système de normes, de certifications et de procédures douanières qui est non seulement strict, mais aussi en évolution constante. Prenons l'exemple des règles d'étiquetage et de certification CCC (China Compulsory Certification) pour certains produits. Je me souviens d'un client, un fabricant français de composants électriques pour l'automobile, qui a vu toute sa première cargaison bloquée à Qingdao pendant six semaines. La raison ? Une interprétation divergente, entre son bureau européique et l'autorité locale, de la portée de la certification requise pour un sous-ensemble de son produit. Les coûts de stockage, les pénalités de retard et, surtout, la perte de confiance de son premier client chinois ont été un coup dur. La solution ne réside pas seulement dans l'embauche d'un agent déclarant. Elle exige une veille réglementaire proactive, souvent externalisée auprès de cabinets spécialisés comme le nôtre, et une intégration de ces contraintes dès la phase de conception du produit et de négociation des contrats. Il faut prévoir le temps et le budget pour ces démarches, car les autorités chinoises sont très procédurières et la documentation doit être impeccable.

Gestion de la chaîne d'approvisionnement : défis et solutions pour l'entrepreneuriat en Chine

De plus, les politiques fiscales à l'import/export, les accords de libre-échange (comme le RCEP), et les réglementations spécifiques aux zones de libre-échange (comme celle de Hainan) offrent à la fois des opportunités et des pièges. Une structuration juridique et fiscale optimisée en amont peut générer des économies substantielles. Par exemple, le choix d'implanter son entreprise dans une zone pilote de commerce de services plutôt que dans une zone industrielle classique peut impacter directement les droits de douane et la TVA applicable sur les matières premières importées. C'est un jeu d'échecs où chaque pièce – la holding, l'entité opérationnelle, l'entrepôt logistique – doit être positionnée avec une vision claire de la chaîne d'approvisionnement.

La volatilité des coûts logistiques

Qui dit gestion de supply chain dit maîtrise des coûts. Or, en Chine, plusieurs facteurs rendent cette maîtrise particulièrement ardue. Le prix des conteneurs, le coût du fret terrestre (soumis aux péages et aux réglementations routières changeantes) et même le coût de la main-d'œuvre dans les entrepôts sont notoirement volatils. La pandémie de COVID-19 n'a fait qu'amplifier et révéler au grand jour cette fragilité. La dépendance à un seul port ou à un seul corridor logistique est un risque majeur. J'ai vu des PME européennes dont toute la production était centralisée dans le Pearl River Delta se retrouver paralysées par un confinement local ou une saturation portuaire à Yantian.

La solution passe par une diversification géographique des sources et des routes. Cela implique d'étudier sérieusement l'option d'un second sourcing dans des régions intérieures (comme le Sichuan ou le Hunan) ou le long du corridor Chine-Europe par rail, malgré des coûts initiaux potentiellement plus élevés. Il s'agit de calculer le coût total de possession (Total Cost of Ownership - TCO), incluant le risque de rupture, et non simplement le prix unitaire FOB. Pour les produits à haute valeur ou à rotation rapide, le rail peut offrir un bon compromis temps/coût. Pour d'autres, la mutualisation des transports avec d'autres acteurs via des plateformes logistiques digitales (les « freight forwarders » digitaux) permet de gagner en flexibilité et en pouvoir de négociation.

La gestion des relations fournisseurs (Guanxi)

En Chine, la relation commerciale, ou *Guanxi*, va bien au-delà du contrat. C'est un capital immatériel mais essentiel pour la fluidité de votre supply chain. Un fournisseur avec lequel vous avez une relation de confiance vous préviendra en cas de problème de qualité ou de retard de production, et fera des efforts pour vous dépanner. À l'inverse, un fournisseur purement transactionnel appliquera le contrat à la lettre, quelles que soient les conséquences pour vous. Construire et entretenir cette relation demande un investissement en temps et en présence sur le terrain. Les visites d'usine, les dîners d'affaires, la communication régulière en chinois (même via un interprète) sont indispensables.

Je conseille toujours à mes clients de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier, mais de développer un réseau de 2-3 fournisseurs clés par composant critique, et d'investir dans la relation avec chacun. Par ailleurs, la due diligence est primordiale. Au-delà des audits financiers, il faut vérifier la stabilité de la main-d'œuvre, le respect des normes environnementales (de plus en plus scruté) et la santé réelle de l'entreprise. J'ai le cas d'un entrepreneur allemand dans le secteur du luminaire qui a choisi son fournisseur chinois uniquement sur le prix. Six mois plus tard, l'usine a été fermée pour non-conformité environnementale, coupant net son approvisionnement. Une due diligence approfondie, incluant des visites surprises, aurait permis d'identifier ce risque.

La traçabilité et le contrôle qualité

La distance géographique et culturelle complique considérablement le contrôle qualité et la traçabilité. Le fameux « quality fade » – la dégradation insidieuse de la qualité une fois la commande passée – est un risque réel. Il ne suffit pas d'avoir un échantillon approuvé ; il faut mettre en place des processus de contrôle à plusieurs niveaux : à la réception des matières premières chez le fournisseur, pendant la production (IPQC), et avant l'expédition (pre-shipment inspection). L'idéal est d'avoir sur place, ou de sous-traiter à une tierce partie, un agent qualité dédié.

Les technologies comme la blockchain pour la traçabilité des matières premières, ou les plateformes IoT pour le monitoring des conditions de transport (humidité, chocs), deviennent des outils précieux, notamment pour les secteurs de l'agroalimentaire, du pharmaceutique ou du luxe. C'est un investissement, mais il protège la marque et évite des rappels de produits coûteux et destructeurs. Un de mes clients dans le secteur des compléments alimentaires a ainsi équipé ses lots de capteurs GPS et thermiques. Cela lui a permis d'identifier et de prouver qu'une rupture de la chaîne du froid était imputable au transporteur, et non à son processus, lui évitant un litige coûteux avec son distributeur.

L'adaptation au marché intérieur et au e-commerce

Si vous vendez en Chine, votre chaîne d'approvisionnement doit être conçue pour le consommateur chinois. Les attentes en matière de délais de livraison sont extrêmes, avec la norme du « next-day delivery » voire du « same-day delivery » dans les mégalopoles. Cela impose une localisation des stocks. Le modèle de l'entrepôt unique centralisé est souvent inadapté. Il faut plutôt envisager un réseau d'entrepôts régionaux, ou utiliser les plateformes de fulfillment des géants comme JD.com ou Alibaba, qui offrent des services logistiques intégrés.

La gestion des retours (très élevés dans l'e-commerce) et les pics de demande lors d'événements comme le « Singles' Day » (11.11) nécessitent une flexibilité opérationnelle et une capacité de prévision avancée. Il faut également intégrer les spécificités du packaging (important pour le marketing et la protection des produits lors des livraisons express) et les exigences des différentes plateformes de vente en ligne. Votre ERP doit pouvoir communiquer avec les systèmes des plateformes pour une mise à jour en temps réel des stocks. C'est tout un écosystème digital qu'il faut maîtriser ou sous-traiter à un partenaire local fiable.

La montée en puissance du « dual circulation »

La stratégie nationale chinoise de « dual circulation », qui vise à rééquilibrer l'économie vers le marché intérieur tout en maintenant l'ouverture, a des implications directes sur les supply chains. Les incitations à localiser la R&D, la production de composants de haute technologie et la valeur ajoutée en Chine se multiplient. Pour un entrepreneur étranger, cela peut signifier devoir repenser son schéma de production pour intégrer plus de contenu local, non seulement pour réduire les coûts logistiques, mais aussi pour bénéficier de politiques préférentielles et mieux répondre aux demandes du marché chinois.

Cela représente un défi en termes de transfert de technologie et de protection de la propriété intellectuelle, mais aussi une opportunité de se rapprocher de son consommateur final et de réduire sa dépendance aux aléas du commerce international. Les joint-ventures ou les partenariats technologiques avec des acteurs locaux deviennent une option stratégique à étudier sérieusement, avec bien sûr une structure juridique solide pour encadrer ces collaborations.

Conclusion et perspectives

En résumé, gérer une chaîne d'approvisionnement en Chine en 2024 est un exercice d'équilibriste. Il faut concilier efficacité opérationnelle et résilience face aux chocs, relations humaines de confiance et digitalisation des processus, conformité réglementaire stricte et agilité pour saisir les opportunités du marché intérieur. Il n'existe pas de solution universelle, mais une approche sur mesure, construite sur une compréhension profonde du terrain et une anticipation constante des risques.

Pour l'entrepreneur ou l'investisseur, mon conseil est le suivant : considérez la supply chain non comme un centre de coût, mais comme un levier stratégique de différenciation et de création de valeur. Investissez dans l'expertise locale, que ce soit en interne ou via des partenaires de confiance, pour naviguer cette complexité. L'avenir, à mon sens, appartient aux organisations qui sauront construire des écosystèmes d'approvisionnement « glocaux » – globalisés dans leur sourcing mais profondément localisés dans leur exécution et leur adaptation au marché chinois. La volatilité actuelle du monde n'est pas près de s'arrêter ; la robustesse de votre supply chain sera donc, plus que jamais, un baromètre de votre succès durable en Chine.

Perspective de Jiaxi Fiscal et Comptabilité : Chez Jiaxi, nous observons que la performance de la supply chain est indissociable de la structuration juridique et fiscale de l'entreprise en Chine. Un défaut d'alignement entre l'organisation logistique et le schéma d'entreprise peut générer des surcoûts importants, des risques de non-conformité et une inefficacité opérationnelle. Notre accompagnement va donc bien au-delà de la simple création de société ou de la tenue comptable. Nous aidons nos clients à modéliser leur chaîne d'approvisionnement pour optimiser les flux de marchandises, de factures et de trésorerie qui en découlent. Par exemple, le choix entre une Wholly Foreign-Owned Enterprise (WFOE) à vocation commerciale, une société de trading, ou l'utilisation d'une zone de libre-échange a un impact direct sur les délais de dédouanement, la récupération de la TVA et la gestion des stocks. Nous intégrons également dans nos conseils la dimension contractuelle (rédaction de contrats avec les fournisseurs et les prestataires logistiques) et la mise en place de processus internes de contrôle adaptés aux normes chinoises. Pour nous, une supply chain robuste est une supply chain dont tous les maillons, y compris administratifs et fiscaux, sont cohérents et sécurisés. C'est cette vision holistique, forgée par plus de 26 ans d'expérience sur le terrain, que nous mettons au service de la réussite de nos clients entrepreneurs en Chine.