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Exigences spécifiques et cas d'exception concernant le stockage local des données selon la législation chinoise

# Exigences spécifiques et cas d'exception concernant le stockage local des données selon la législation chinoise Bonjour à tous, je suis Maître Liu de Jiaxi Fiscal et Comptabilité. Avec plus d'une douzaine d'années à accompagner des entreprises étrangères dans leur implantation en Chine et près de quinze ans d'expérience dans les procédures d'enregistrement et de conformité, j'ai vu évoluer le paysage réglementaire, surtout dans le domaine sensible des données. Aujourd'hui, je vous propose de décortiquer un sujet qui cristallise souvent les inquiétudes et les incompréhensions : les règles chinoises sur la localisation des données. Loin d'être un simple décret uniforme, il s'agit d'un écosystème complexe, mouvant, où les exigences strictes côtoient des possibilités d'exception bien réelles. Pour un investisseur ou un directeur de filiale, naviguer dans ces eaux sans une carte précise relève de la gageure. Cet article a pour but de vous fournir cette carte, en clarifiant non seulement le « quoi » mais aussi le « pourquoi » et le « comment » des obligations de stockage local, ainsi que les précieuses voies de dérogation qui existent. Comprendre ces nuances n'est pas une question de bureaucratie, mais bien un impératif stratégique pour opérer sereinement et durablement sur le marché chinois.

Le socle légal : CSL, PIPL et DSL

Pour bien appréhender le sujet, il faut commencer par la base, c'est-à-dire le trio législatif qui forme la colonne vertébrale de la gouvernance des données en Chine. Il y a d'abord la Cybersecurity Law (CSL), entrée en vigueur en 2017, qui a posé la première pierre en introduisant la notion d'« opérateurs de réseau critiques » et leur obligation de stocker les « données importantes » collectées en Chine sur le territoire national. Ensuite, la Personal Information Protection Law (PIPL), effective depuis novembre 2021, est venue préciser et renforcer le cadre pour les données personnelles. Elle stipule que les traitants d'informations personnelles dont le volume dépasse un seuil défini par les autorités cybers doivent stocker localement les données collectées en Chine. Enfin, la Data Security Law (DSL), en vigueur depuis septembre 2021, élargit la perspective en classant les données par niveau de importance (du niveau général au niveau core) et en imposant des règles strictes de localisation pour les données classées comme « importantes ». Ce n'est pas un système figé, mais un ensemble dynamique où les textes d'application et les interprétations des autorités, notamment la Cyberspace Administration of China (CAC), jouent un rôle crucial. Une erreur courante que je vois est de considérer la PIPL comme la seule loi applicable ; en réalité, une entreprise peut très bien être soumise simultanément aux trois textes selon la nature de ses activités et des données qu'elle traite. Il faut donc avoir une vision d'ensemble pour évaluer correctement ses obligations.

Qui est concerné ? La notion d'opérateur critique

L'une des questions les plus fréquentes de mes clients est : « Est-ce que cette loi s'applique à moi ? » La réponse n'est pas binaire et repose largement sur la qualification d'« opérateur de réseau d'importance critique » (Critical Information Infrastructure Operator ou CIIO). Cette désignation, qui peut sembler floue, est en fait déterminée par les autorités sectorielles (pour les énergies, la finance, les transports, etc.) et la CAC. Le champ d'application est large et peut inclure des secteurs insoupçonnés au premier abord, comme la santé, l'éducation ou même les services publics numériques à grande échelle. Par exemple, j'ai accompagné une entreprise européenne spécialisée dans les systèmes de gestion pour les hôpitaux de grande taille. Bien qu'elle ne soit pas une entreprise de réseau traditionnelle, son activité, touchant à des données de santé sensibles et à une infrastructure hospitalière vitale, l'a placée sous le radar des régulateurs. La désignation comme CIIO n'est pas toujours formellement notifiée ; parfois, elle découle d'une interprétation des textes par les autorités locales lors d'un audit. Pour une entreprise, l'approche la plus prudente est de procéder à une analyse de risques approfondie : traitez-vous des données dont l'altération ou la perte pourrait nuire gravement à la sécurité nationale, à l'économie, à la santé publique ? Si la réponse est « potentiellement oui », il faut agir comme si l'on était concerné et se préparer en conséquence.

Le cœur du sujet : l'obligation de localisation

L'obligation centrale est claire : les données désignées comme « importantes » au sens de la CSL et de la DSL, ainsi que les données personnelles en volume important au sens de la PIPL, collectées et générées en Chine, doivent être stockées sur le territoire national. Concrètement, cela signifie que les serveurs physiques hébergeant ces données doivent se trouver en Chine. Cette règle vise à assurer la juridiction et le contrôle des autorités chinoises sur des actifs numériques considérés comme stratégiques. Pour une multinationale habituée à des data centers régionaux ou globaux, cela implique souvent un investissement significatif dans une infrastructure locale, soit en propre, soit via un partenariat avec un fournisseur de cloud agréé en Chine (qui sont, pour la plupart, des acteurs locaux comme Alibaba Cloud, Tencent Cloud ou Huawei Cloud). La mise en œuvre technique n'est pas la seule difficulté. Il faut aussi repenser les flux de données internes : un rapport analytique généré à Shanghai à partir de données locales peut-il être envoyé au siège social à Paris ? La réponse est « non », sauf à passer par le processus d'exportation, qui est justement l'un des principaux cas d'exception.

La porte de sortie : l'exportation légale des données

Heureusement, le législateur n'a pas verrouillé toute circulation transfrontalière. Il existe des mécanismes légaux pour exporter des données depuis la Chine, sous réserve de remplir certaines conditions. C'est là que les choses deviennent très pratiques et où mon expérience de terrain est la plus sollicitée. La PIPL prévoit plusieurs voies : 1) Passer une évaluation de sécurité par les autorités cybers (un processus long et exigeant, réservé aux exportations de gros volumes ou de données sensibles). 2) Obtenir une certification de la part d'un organisme accrédité par la CAC (une voie plus récente qui se développe). 3) Adhérer à des règles contractuelles types (SCCs chinoises) avec le destinataire étranger. 4) Dans certains cas limités, obtenir le consentement individuel explicite de la personne concernée. Le choix de la voie dépend du volume, de la sensibilité des données et du contexte. J'ai récemment aidé une maison de luxe à mettre en place le mécanisme des clauses contractuelles types pour exporter des données marketing clients (anonymisées et agrégées) vers son centre de décision en Europe. Le processus a nécessité une documentation minutieuse et des ajustements contractuels, mais il a fonctionné. La clé est de planifier l'exportation en amont, et non de la considérer comme une formalité de dernière minute.

Les exceptions pratiques et les zones grises

Au-delà des procédures d'exportation formelles, il existe des situations où un transfert ou un accès depuis l'étranger peut être toléré, ou du moins, où le risque est considéré comme acceptable. Par exemple, l'accès à distance à un système hébergé en Chine pour de la maintenance technique ou du support, sans extraction de données, est souvent pratiqué sous couvert de protocoles de sécurité stricts et de journaux d'audit. Un autre cas que j'ai rencontré concerne les données nécessaires à l'exécution d'un contrat avec un individu. Prenons l'exemple d'une plateforme de réservation de voyages : pour confirmer un vol international, il faut bien transférer le nom et le numéro de passeport du client à la compagnie aérienne étrangère. Cela peut être justifié par la nécessité contractuelle. Cependant, ces « zones grises » sont périlleuses. Elles reposent sur une interprétation des textes et une appréciation du risque par les autorités locales. Ce qui passe dans une zone de libre-échange comme le Hainan ne sera peut-être pas vu du même œil ailleurs. Il est crucial de documenter scrupuleusement la justification de tout flux sortant et de mettre en place des mesures de sécurité (comme le chiffrement) pour minimiser les risques.

Les sanctions et le risque de non-conformité

Il ne faut pas sous-estimer l'impact d'un manquement. Les sanctions prévues par la PIPL, la CSL et la DSL sont sévères. Elles vont de lourdes amendes (pouvant atteindre 5% du chiffre d'affaires annuel mondial ou 50 millions de RMB pour les infractions graves) à la suspension d'activité, la révocation des licences, voire des poursuites pénales contre les responsables. Mais au-delà de la sanction financière, le risque réputationnel et opérationnel est immense. Un ordre de cessation du traitement des données ou un blocage de l'accès au service en Chine peut anéantir des années d'investissement en quelques jours. J'ai vu une PME technologique se voir refuser le renouvellement de ses licences commerciales pour non-respect présumé des règles de localisation, sans même qu'une amende formelle ne soit prononcée. Le message était clair. La conformité n'est donc pas un poste de coût, mais un investissement dans la pérennité de l'activité. Les autorités chinoises renforcent leurs capacités d'inspection et de surveillance, et adoptent une approche de plus en plus proactive.

Une dynamique régionale et sectorielle

Un point essentiel à comprendre est que la mise en œuvre de ces lois n'est pas uniforme sur tout le territoire. Les régions pilotes comme la zone de libre-échange de Shanghai Lingang, le Hainan ou le Grand Guangdong-Hong Kong-Macao Bay Area testent parfois des assouplissements ou des procédures accélérées pour l'exportation de données, notamment pour favoriser la R&D internationale ou le commerce transfrontalier. De même, certains secteurs, comme l'automobile connectée ou la finance, font l'objet de réglementations spécifiques qui viennent préciser ou moduler les règles générales. Pour une entreprise, il est donc stratégique de considérer non seulement son secteur, mais aussi la localisation géographique de ses activités principales en Chine. S'implanter dans une zone pilote peut offrir des flexibilités précieuses, mais cela nécessite aussi un dialogue constant avec les administrations locales pour comprendre l'étendue réelle de ces « exceptions dans l'exception ».

Exigences spécifiques et cas d'exception concernant le stockage local des données selon la législation chinoise

Perspectives d'évolution et conseils stratégiques

Le cadre juridique chinois en matière de données est encore jeune et va continuer à évoluer. On peut s'attendre à une précision des seuils quantitatifs pour la PIPL, à une formalisation des procédures de certification, et peut-être à l'émergence de mécanismes de reconnaissance mutuelle avec certaines juridictions (les discussions dans le cadre de l'initiative « Ceinture et Route » sont à suivre). Face à cette complexité dynamique, mon conseil aux professionnels est le suivant : Adoptez une approche « Privacy & Data Security by Design ». Intégrez la conformité aux règles chinoises dès la conception de votre produit ou service pour le marché chinois. Réalisez un audit de données (data mapping) précis pour savoir quelles données vous collectez, où elles résident et où elles circulent. Consultez des experts locaux comme nous, non pas pour « contourner » les règles, mais pour les comprendre et les appliquer de manière efficiente. Enfin, voyez cette contrainte non seulement comme un risque à mitiger, mais aussi comme une opportunité de renforcer la confiance de vos clients et partenaires chinois en démontrant votre sérieux et votre engagement à long terme.

## Conclusion En résumé, le régime chinois de localisation des données est un système sophistiqué, fondé sur des lois strictes mais qui ménage des voies de passage légales et encadrées. Il ne s'agit pas d'un mur infranchissable, mais d'un poste de contrôle dont il faut comprendre les règles pour le franchir sereinement. L'objectif des autorités chinoises est clair : garder le contrôle sur les données jugées importantes pour la souveraineté numérique, la sécurité nationale et les droits des citoyens. Pour les entreprises étrangères, l'importance de se conformer va bien au-delà de l'évitement des sanctions ; c'est une condition sine qua non pour opérer, innover et gagner la confiance sur ce marché. L'avenir verra une application plus fine et probablement plus technique de ces règles. Ma réflexion personnelle, après toutes ces années, est que les entreprises qui réussiront seront celles qui intègreront cette conformité non pas comme une contrainte externe, mais comme un élément intrinsèque de leur culture d'entreprise et de leur proposition de valeur sur le marché chinois. La transparence, la documentation et le dialogue proactif avec les parties prenantes locales resteront les meilleurs atouts. **Perspective de Jiaxi Fiscal et Comptabilité :** Chez Jiaxi Fiscal et Comptabilité, nous considérons la maîtrise des règles de localisation et de flux de données comme l'un des piliers de la réussite durable d'une entreprise étrangère en Chine. Au-delà de l'analyse juridique, notre expérience nous montre que les défis sont souvent opérationnels et organisationnels. Nous aidons nos clients à construire une gouvernance des données « à la chinoise », qui soit à la fois robuste pour répondre aux inspections et flexible pour s'adapter aux évolutions régionales et sectorielles. Nous les accompagnons dans la rédaction des documents contractuels types, dans la préparation des dossiers pour les évaluations de sécurité, et dans le dialogue avec les autorités locales. Notre objectif est de transformer une obligation perçue comme complexe en un avantage compétitif : une démonstration tangible de votre engagement à respecter les lois et à protéger les données de vos partenaires et clients en Chine. Dans un environnement numérique en constante mutation, faire appel à un partenaire qui connaît à la fois les textes et les pratiques de terrain n'est pas un luxe, mais une nécessité stratégique.